Vu ce soir le Hamlet de l'Helvetic Shakespeare Company, mis en scène par Valentin Rossier. Simplement magnifique. Tout se joue dans un couloir, entre deux rangées de gradins sur lesquels se répartissent le public. Passage, nous ne sommes qu'éphémères passants... To be or not to be... Hamlet, un peu trop longtemps neurasthénique à mon goût. Mais le truc qui m'a vraiment fait bondir, c'est le suicide de Claudius buvant la coupe empoisonnée...

Ce parti prix scénographique anéanti totalement la vengeance d'Hamlet et la portée de son questionnement existentiel. Certes, Claudius doit mourir empoisonné, puisqu'il distille le venin du mensonge tout au long de la pièce. C'est le principe de l'arroseur arrosé. Mais le faire boire le breuvage mortel avec cette attitude de défi fataliste (essayé, pas pu, shit happens, so long folks...), c'est faire de lui le héros de cette tragédie. Privé de son coup d'épée vengeur, Hamlet est alors relégué au rôle de simple figurant dépressif. Aberrant!

Car en dépit des apparences, Hamlet n'est pas un simple fils à maman procrastinateur. Son coup d'épée final a pour but de rendre le venin à son propriétaire et de respecter la promesse faite au spectre de son père. Ce dernier geste est l'accomplissement de son destin, la dernière cigarette du condamné à mort. La folle sagesse du jeune prince est d'avoir compris que l'essentiel c'est d'être chaque jour prêt à mourir, dignement, puisque nous sommes tous voués à servir tôt ou tard de banquet aux vers. Ce n'est pas Yorik qui dira le contraire.