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Moby-Dick and Alchemy

Despite all appearances, Moby-Dick can be termed an alchemical opus. As a matter of fact, there are a lot of alchemical symbols in Herman Melville’s novel.

To grasp some of the most esoteric dimensions of this book, we must dive deep into it. Blackness characterizes the first chapters. Ishmael leaves the dark and melancholic atmosphere of Manhattan to avoid violence against himself or others. This voyage is his “substitute for pistol and ball.”

When Ishmael arrives in New Bedford (chapter 2), he is surrounded by “blocks of blackness”. This the first alchemical stage of the Nigredo. It it illustrated by a series of images of petrification and putrefaction. The title of this chapter hides a nice pun, for “the carpet-bag” is nothing but “The Crap Begat”. The negro Chapel is associated with Sodom and Gomorrah, and is described as “if it were meant for the uses of the public.” It also “seems the great Parliament sitting in Tophet.” Rather than calling it “The Trap”, Ishmael should have called it “The Crap”. The same goes for the “dilapidated” “Spouter-Inn”. By metathesis, this inn may be read “Ô Petrus!” or “Proteus,” reminding the *Petrificatio* or *Calcificatio* of the initial alchemical process of transmutation. Of course, Peter Coffin and his wife Sal (Sal-Peter or salpeter, nitre) are also symbols of this transformational process. This place symbolizes the “Petra Genitrix” or “Philosopher’s Stone,” also known as “lapis philosophorum,” the secret ingredient needed for the “chrysopoeia” or transformation of base matter into gold. Philosophy is ironically presented in this chapter as a “pleasant zephyr” –read « philo-zephyr »–, in a paragraph which obviously seem to caricature the northern lights of the most Enlightened of German Idealists.

Next, in the Spouter-Inn (chapter 3) he shares a bed with the harpooner Queequeg, a “head-peddling purple rascal” with a Congo idol named Yojo –Ô Joy! In this chapter, darkness abounds too. By a nice pun, Melville unites two –or three– Latin words: coïtus, coetus (and cetus). The word coïtus means “union”. The word coetus means “a bed”. And cetus is the Latin word for “whale”. Ishmael matrimonial experience is a stage called the Alchemical Wedding or “Noces Chymiques” of the King and the Queen, or the conjunctio oppositorum, The union of opposites.

After this first night, Ishmael is transformed, or born again. The conclusion of this first stage is best accounted for in chapter 10, A Bosom Friend: “I began to be sensible of strange feelings. I felt a melting in me. No more my splintered heart and maddened hand were turned against the wolfish world. This soothing savage had redeemed it.”

Call me Ishmael? No, call me Alshemi.

Pour une lecture radicale de Moby-Dick

A œuvre radicale, méthode radicale. Dans le double Prologue de Moby-Dick, Melville nous livre le mode d’emploi et les deux clés de lecture essentielles de son œuvre : l’Étymologie et les Extraits.

L’étymologie consiste à aller chercher dans l’Antiquité les racines (du latin radix, source, origine) à partir desquelles le sens d’un mot est construit. Par ce premier titre, Melville signifie au lecteur sérieux que la source doit toujours être interrogée quand on est en quête de vérités.

Les Extraits désigne le moyen par lequel on extrait (ex-trahere) un nouveau mot d’un autre mot. Cela peut être un préfixe ou un suffixe (sub-stance, dé-couverte). Mais cette méthode d’extraction radicale peut aussi signifier qu’il faut chercher les mots dans les mots, ou un radical caché dans un mot. Ainsi, «drama» contient en son sein le mot «ram», le bélier, qui est un symbole capital dans ce roman. Les quatre-vingts Extraits mentionnés dans la seconde partie du Prologue ont pour fonction d’exprimer la quintessence des œuvres citées, le «sperme” fécondateur qui fonde la longue lignée littéraire qui mène de L’Odyssée à l’apothéose de cette sublime Baleine Blanche.

La méthode par extraction consiste aussi à découvrir les mots cachés par métathèse. Ainsi, par exemple, une constellation de sens se cache sous le nom de Radney, et un réservoir sémantique libère sa substance séminale dans le nom de Steelkilt.

Le blanc Minotaure de Melville est tapi dans le labyrinthe polysémique de son œuvre. On peut facilement y perdre son latin et sa patience si l’on ne dispose pas d’un bon et solide fil d’Ariane, la corde de rappel offerte à Thésée par cette tisseuse de bonne aventure, qui connaissait déjà toutes les ficelles en matière de dédales épistémologiques.

Lire Moby-Dick, c’est forcément plonger la tête la première dans des dictionnaires et des lexiques, parcourir d’antiques grimoires et survoler des almanachs hermétiques, qu’ils soient poussiéreux ou en ligne, afin de délier les sens cachés des mots dits. Car c’est souvent dans les plus petits détails qu’Herman met le vil.

Trois mots

Il y a quelques années, j’avais l’habitude de raconter une histoire à ma fille avant qu’elle ne se couche. Nous avions décidé, d’un commun accord, que je devais lui raconter une histoire basée sur les trois mots qu’elle me proposait spontanément.

L’exercice était difficile et pas toujours très réussi. Selon mon degré de disponibilité créative ou l’état de ma fatigue, l’histoire que je lui racontais passait la rampe ou obtenais un “thumb down” sans appel.

Il n’empêche, c’était un exercice intellectuel stimulant car il sollicitait mes capacités de storyteller. Aujourd’hui, nous avons passé à d’autres exercices intellectuels. Mais ce petit exercice me revient, et je crois que l’humour et l’esprit de ma fille a été stimulé par ce petit rituel anodin.

Parfois, il ne faut pas plus de trois mots pour changer de paradigme.